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SCIENCE ET CONSCIENCE

Une découverte récente en cosmologie – une nouvelle science dont l’objet est l’étude de l’univers et en particulier de son évolution - d’une importance considérable, devrait intéresser chacun d’entre vous.

Un texte de Jacques Languirand


SCIENCE ET CONSCIENCE


Dans la mesure où chacun devrait, au-delà des questions que soulève le quotidien, s’intéresser aussi, afin de n’être pas entièrement submergé par la vie de tous les jours, aux grandes questions que se posait Gauguin : " D’où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? " Cet intérêt est aussi ancien que l’humanité. Ce dont témoignent tous les mythes qui racontent à leur façon la naissance de l’univers et s’interrogent sur la place de l’homme dans cet univers.

C’est la première de ces questions : " D’où venons-nous? " qui, à l’étape actuelle, motive la recherche en cosmologie. La réponse à cette question, à supposer que l’on parvienne à la trouver – ce qui est maintenant de l’ordre du possible, peut-être même du probable – permettra d’éclairer les deux autres, celle tout d’abord qui concerne l’avenir de l’univers et par conséquent le nôtre : " Où allons-nous? " et celle, enfin, qui est la plus énigmatique : " Qui sommes-nous? "


Depuis plus de 50 ans, l’observation de l’espace revient en fait, du moins à l’échelle de la cosmologie, à l’observation du temps qui s’est écoulé depuis la naissance de l’univers, il y a de ça quelque 15 milliards d’années. Grâce aux télescopes puis aux radiotélescopes, nous sommes parvenus à remonter de plus en plus loin dans le temps. Ce qui revient à observer l’état de l’univers à tel ou tel moment de son évolution. Cette démarche a permis, tout d’abord, de constater que les galaxies se séparent de plus en plus les unes des autres. Ce qui supposait un univers en expansion. Cette observation devait permettre peu après de proposer un nouveau modèle de la naissance de l’univers : le Big Bang. Selon ce modèle, l’univers est non seulement en expansion mais il a commencé par une explosion. Et depuis cette explosion, l’univers a continué à se dilater et à se refroidir. Ce sont les conditions créées par la dilatation et le refroidissement qui auraient déterminé l’évolution. Par exemple, à une étape de l’évolution, une génération d’étoiles qui se seraient formées auraient converti une partie de l’hydrogène et de l’hélium originaux en des éléments tels que le carbone et l’oxygène dont nous sommes faits. D’où la formule de l’astrophysicien québécois : " Nous sommes faits de la même matière que les étoiles. "

Or, au cours de l’année qui s’achève, un satellite de la NASA – le Cosmic Background Explorer – a permis de recueillir de nouvelles données qui ont confirmé la théorie du Big Bang. (Et ce, à un moment où cette théorie était remise en question par plusieurs chercheurs, de même que, dans un tout autre ordre d’idée, la pertinence même de la NASA. Cette découverte est susceptible d’apporter un regain d’énergie, si je puis dire, à la théorie du Big Bang aussi bien qu’à la NASA...) La confirmation de la théorie du Big Bang représente, selon le célèbre physicien Stephen Hawking, " la découverte la plus importante du siècle – sinon même de tous les temps ".

Cette découverte, elle donne aussi un regain d’énergie au principe anthropique (du mot grec anthropos : homme). Selon ce principe, les conditions de l’évolution aboutissant à l’homme sont tellement improbables, elles supposent de telles coïncidences pour qu’apparaisse la vie terrestre, que l’évolution depuis le Big Bang devait nécessairement avoir une orientation, peut-être une intention, voire un projet : l’homme. Ce principe est loin de faire l’unanimité dans les milieux scientifiques à cause de toutes les implications qu’il entraîne. Pourtant, plusieurs scientifiques le soutiennent. Avec plus ou moins de ferveur. Il existe même de ce principe une version forte et une version faible. Mais il est certain qu’avec la confirmation du Big Bang, le principe anthropique, dans l’une ou l’autre des versions et peut-être même dans une troisième qui reste à définir, a de bonnes chances de s’imposer de plus en plus. Comme le dit le physicien américain F. Tyson : " [...] il semble presque que l’Univers ait dû, en un certain sens, savoir que nous allions venir ". On voit sans peine les implications qu’entraîne ce principe...

Il n’y a pas de doute que le rapprochement de la science et de la mystique amorcé il y a une cinquantaine d’années va se préciser. Si à un moment l’univers a commencé d’exister, qu’y avait-il avant? La tentation est grande de se demander à quelle impulsion a obéi le Big Bang ou plus simplement: qui a appuyé sur le bouton? La confirmation de la théorie du Big Bang va susciter de vifs débats. D’une part, l’interprétation littérale de certains textes ne sera plus guère possible. Mais, par ailleurs, il s’en trouvera pour affirmer que, contrairement à ce qu’annonçait Nietzsche, Dieu n’est pas mort... Ce qui n’ira pas sans susciter une certaine récupération. Le moment est venu, selon moi, de faire le ménage de nos idées, de nos concepts. Ce sont toutes nos représentations que nous allons devoir réviser. Quant à moi, le mot Dieu me gêne à cause de l’anthropomorphisme qu’il véhicule. Car ce n’est pas Dieu qui nous a fait à son image mais plutôt nous qui l’avons fait à la nôtre... L’évolution de la matière depuis le Big Bang m’apparaît comme celle de l’Énergie cosmique, de la Conscience universelle au travers de l’incarnation dans la matière. Sans doute pouvons-nous aujourd’hui parler avec plus d’assurance de la Conscience incarnée qui, au cours de l’évolution amorcée avec le Big Bang, s’éveille lentement à Elle-même. Il me revient cette réflexion d’Alan Watts, qui m’apparaît comme d’expression de la version forte, et même très forte du principe anthropique : " Nous sommes des fenêtres par lesquelles la Conscience universelle se regarde revenir à Elle-même ".

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Propos de Jacques Languirand
ayant fait l'objet d'une chronique parue dans le
Guide Ressources, Vol. 08, N° 01, septembre 1992


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